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Un hommage à "Ishi"

« Le fait qu’Ishi ait franchi les limites de son territoire pour s’avancer de plus en plus dans l’inconnu indique indiscutablement qu’il avait également franchi certaines limites physiques et psychiques. Si nous voulons essayer de comprendre  quel degré de désarroi il avait dû atteindre, il nous faut savoir à quel point un tel comportement était aberrant, non seulement de la part d’Ishi l’homme, mais aussi de celle d’Ishi le Yahi. Sa vie nous paraîtra moins fragmentaire si nous la regardons avec du recul, comme on s’éloigne du détail d’un visage ou d’un élément dans une peinture pour survoler d’un coup d’œil l’ensemble de la toile et faire ressortir en perspective le fond et les motifs. Nous ne comprendrons les valeurs d’Ishi, son comportement, ses croyances et son style de vie que si nous nous faisons une idée générale de l’héritage qui était le sien : celui de la Californie indienne et de son peuple. » p. 22-23.

 

-       T. Kroeber (1968), Ishi, Plon (collection Terre Humaine), Paris, 340 pages.

 

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Un hommage à la "Chronique des Indiens Guayaki"

« Alors me revient en mémoire ce que peu auparavant m’avait dit Alfred Métraux : « Pour pouvoir étudier une société primitive, il faut qu’elle soit déjà un peu pourrie. » Or, j’avais devant moi, du moins avec les Iroïangi, une société encore verte, si l’on peut dire, bien que les circonstances eussent contraints la tribu à accepter de vivre dans un espace « occidental » […]. A peine effleurés, à peine contaminés par l’air mortel qu’est pour les Indiens celui de notre civilisation, les Aché y conservaient la fraîcheur encore quiète de leur vie dans la forêt ; provisoire liberté, qui se survivait sans doute, mais qui pour le moment n’exigeait rien d’autre, n’était flétrie d’aucune blessure par où eût pénétré l’insidieuse et rapide décomposition de leur culture. La société des Aché Iroïangi n’était donc pas pourrie, sa bonne santé l’empêchait d’inaugurer avec moi, avec un autre monde, le discours de sa décadence. Et pour cela, d’un même mouvement, les Aché recevaient les cadeaux qu’ils ne réclamaient pas, ils refusaient les essais de dialogue parce qu’ils étaient assez forts pour n’en avoir pas besoin : nous commencerions à parler lorsqu’ils seraient malades. » (p.76-77)

 

-   P. Clastres (1972), Chronique des Indiens Guayaki, Plon (collection Terre Humaine), Paris, 311 pages.

 

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Les plantes toxiques : le royaume des approximations

 

Dans un pays donné, mélangez un public conformiste et naïf avec une pincée d’experts spécialisés à outrance, et des média incompétents* ; remuez bien. Quand le mélange arrive à ébullition, ajoutez quelques menteurs professionnels, et une poignée de prophètes de l’apocalypse. Laissez sur le feu pendant quelques décennies en saupoudrant régulièrement d’études scientifiques contradictoires et truffées de termes à rallonge incompréhensibles. Faites refroidir à température ambiante : vous obtenez une nation où, 9 fois sur 10, le fantasme l’emporte sur la raison.

* Voir par exemple : François Ruffin (2003), Les Petits Soldats du journalisme, Les Arènes, Paris.

 

Dans le cas des plantes toxiques, le délire est aujourd’hui complet : le terme « toxique » est utilisé sans discernement, souvent sans être clairement défini ; des espèces sont confondues les unes avec les autres ; extraits chimiques et plantes sont considérés comme équivalents, etc. A ce titre, on pourrait sans doute dire que la connaissance que le public a des plantes sauvages (en particulier toxiques) est proche de celle que nombre d’entre nous avons de la cosmochimie (l’étude des substances chimiques présentes dans le système solaire).  

 

 

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La grande ciguë, Conium maculatum, cristallise la peur des plantes sauvages toxiques. Elle est à tort appelée "la" ciguë : il y a pourtant au moins 4 espèces différentes de plantes qui sont appelées "ciguë"...

 

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Un hommage aux "Veines ouvertes de l'Amérique latine"

« Rien n'est plus en ordre qu'un cimetière. » (p.387)

 

- E. Galeano (1981), Les Veines ouvertes de l’Amérique latine,

Plon (collection Terre Humaine), Paris, 448 pages.

 

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